Lycan semblait ailleurs...
Il humait l'air avec insistance :
L'odeur du bois, calciné, de la mort...
L'odeur du mal, absolu ; quintessence des ténébres...
L'odeur de la folie, absurde.
Et l'odeur de la peur ! La peur de ses frêres, piégés par les flammes...
Lycan serra ses machoires... Douleur et colère lui tisonnaient les tripes...
Soudain, il dressa l'oreille...
Rai de lumière au profond d'un sous-bois obscur,
Touches d'or sur coeur calciné,
les notes lointaines d'un chant sans âge lui parvinrent, emportant son âme avec celle de toute la forêt...
Ballet cosmique de forces primaires, passé, présent et avenir se mélés confusément, et cette voix sans ton, cette présence tout au fond de l'âme qui souffle doucement :
"Rappelle-toi les vertes sentes oubliées,
Souviens-toi le secret des drailles parfumées...
Ferme les yeux et revois la forêt d'antan,
A la reconstruire, joins ton âme au chant..."Et pourtant, derrière la magie, combien de douleur et d'incompréhension ?
On eut dit que la nature elle-même chantait son deuil, et son espoir, à la fois. L'espoir de sa force vitale brute qui se tend, de la sêve qui gonfle, et pulse, de toute une forêt qui veut revivre, étendre ses verdoyantes frondaisons au dessus du chant des oiseaux...
Lycan sentit un frisson remonter le long de son échine.
L'instinct, primaire et ancestral, de la bête...
Ses pupilles se dilatèrent... Elle voyaient les spectres des oiseaux, des chevreuils et des loups qui peuplaient encore la mémoire de la forêt...
Ses narines palpiltèrent, et il sentit la douce fragrance des fleurs, des champignons et des feuilles humides et l'odeur salée des pins, portés par la brise...
Il crut sentir la caresse rugueuse de l'écorce dans ses mains, et le satin d'un lit d'herbe sur la peau...
Et il entendit résonner dans sa tête, le chant des oiseaux, celui des sources cristallines sur lit de cresson, et celui de ses frêres loups, hymnes éclatants à la Création, privée de l'homme et de ses aberrations...
Le hurlement des loups...
Emporté par le vertige de la magie elfique, Lycan laissa échapper à son tour un hurlement, offrant ainsi du plus profond de lui même, la moindre de ses forces, emportée par le grand déferlement d'energie qui envahissait maintenant la forêt toute entière...
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Restez terrés sous vos couvertures !
La bête rode, cette nuit...